Notre système de santé à l’épreuve du changement climatique
Analyse #1 - La canicule révèle vingt ans de retard dans l'adaptation du système de santé
Canicule de juin : une réelle mise à l’épreuve du système de soins
La vague de chaleur qui a traversé le territoire français a eu un impact sanitaire important, dont les dégâts à long terme sur la santé publique restent encore à quantifier. Le bilan provisoire connu à ce jour estime que plus de 2 000 décès additionnels du 22 au 26 juin ont été enregistrés par l’agence sanitaire Santé Publique France. Parmi ces victimes, toutes les catégories de population sont représentées, mais avec une plus grande proportion de personnes de plus de 65 ans. S’il est encore trop tôt pour affirmer qu’ils sont tous liés à la vague de chaleur, Santé Publique France relève une augmentation de 91% des décès à domicile et de 37% dans les EHPAD entre le 22 et le 28 juin. Mais les effets sanitaires de cette vague de chaleur sont encore difficiles à estimer dans leur globalité puisqu’ils continueront à être observés dans les prochaines semaines sur différents aspects de la vie des Français.
La canicule a aussi des effets bien moins visibles mais tout aussi importants. On sait par exemple que les fortes températures ont un effet sur les naissances prématurées dont le risque augmente de 3,8% en cas de chaleur extrême, selon une vaste étude réalisée dans 13 pays. La santé mentale est aussi particulièrement impactée par les épisodes de fortes chaleur qui perturbent la régulation thermique, le sommeil et les capacités de régulation émotionnelle, et peuvent également exacerber des pathologies psychiques préexistantes.
La chaleur extrême impacte la santé de toute la population, mais elle met particulièrement en danger les personnes les plus vulnérables, les femmes enceintes, les enfants, les personnes atteintes de maladies chroniques et les personnes âgées. La résistance aux effets sanitaires de la chaleur extrême, et plus généralement du changement climatique, est foncièrement inégale, comme le démontre Oxfam dans son dernier rapport.
Mais parmi les victimes de la chaleur, on compte également les services de santé et les soignants eux-mêmes. D’abord en raison de l’augmentation du recours aux soins d’urgence durant cette période, qui a atteint plus de 2 000 passages aux urgences le 26 juin pour des effets liés à la canicule, mais aussi en raison des conditions de travail particulièrement difficiles dans des structures inadaptées et en surchauffe. Dans des bâtiments vétustes, construits dans les années 60-70, la température a atteint des niveaux dangereusement hauts, impactant directement les soins. De nombreuses structures médico-sociales sont également dépourvues de systèmes de climatisation, c’est encore le cas de certains EHPAD qui accueillent des personnes âgées particulièrement vulnérables à la chaleur et qui, pour la plupart, n’ont pas de climatisation dans leurs chambres. Soignants, patients et familles de malades ont dû utiliser des solutions de fortune, comme des couvertures de survie pour couvrir les fenêtres ou du linge humide sur les couveuses de nouveaux-nés, afin de faire face à des températures dépassant les 35 °C dans les chambres, comme l’ont montré plusieurs exemples relayés dans les médias.
La gestion de la canicule qui illustre le défaut d’anticipation du gouvernement
La vague de chaleur de ces derniers jours a rappelé à beaucoup les effets de la canicule meurtrière de 2003 qui avait entraîné la mort de près de 15 000 personnes. À l’époque, les personnes âgées et les plus isolées ont compté parmi les premières victimes. Cet événement traumatique avait conduit à la création de la journée de solidarité qui a permis à ce jour de collecter plus de 55 milliards d’euros pour le financement d’actions en faveur de ces publics vulnérables.
Pourtant, les enseignements tirés de cette catastrophe n’ont pas suffi au gouvernement pour anticiper une nouvelle vague de chaleur. Celui-ci s’est retrouvé obligé d’agir en réaction à une situation déjà hors de contrôle, annonçant la livraison de 30 000 climatiseurs dans les hôpitaux ainsi que deux enveloppes de 100 millions d’euros débloquées dès cet été pour les établissements de santé et les EHPAD.
Or, les solutions temporaires proposées interrogent l’adéquation de la réponse gouvernementale face à l’ampleur des besoins. Comme le pointe le Syndicat national des professionnels infirmiers, des questions restent en suspens suite à cette annonce, notamment sur la répartition de ces climatiseurs dans les établissements de santé : « 390 000 lits d’hospitalisation dans 2 900 établissements publics et privés. 610 000 résidents dans 7 400 EHPAD. Les climatiseurs seront-ils répartis selon des critères transparents ? Les services les plus exposés seront-ils prioritaires ? ».
Les annonces gouvernementales apparaissent en effet comme une fausse réponse à un problème plus large. Cette crise, que les soignants ont subie de plein fouet, est le résultat d’un manque d’investissement récurrent dans le système de santé et ses infrastructures. Ces dernières, particulièrement vétustes, ne sont pas équipées pour faire face à des événements climatiques extrêmes comme des vagues de chaleur. Ce manque d’adaptation du système de soins n’est pas seulement un fardeau pour les professionnels de santé, c’est aussi une menace plus large pour la qualité et la disponibilité des soins dans un futur où les crises climatiques seront plus fréquentes.
« Les épisodes de canicule ne sont plus des événements exceptionnels : ils révèlent la nécessité de renforcer durablement les capacités du système de santé et de lui donner les moyens de répondre à des crises climatiques appelées à se multiplier », explique France Assos Santé dans un communiqué.
Un système de santé qui paye aujourd’hui la facture de la non-adaptation au changement climatique
La gestion de cette crise par le gouvernement révèle un problème plus profond : le manque de volonté politique et de moyens dédiés à rendre notre système de santé plus résilient à des chocs climatiques que l’on savait inévitables. Plus grave, cette crise illustre le résultat de choix politiques récents et délétères tels que la réduction progressive du Fonds vert, justement dédié à l’adaptation, qui a été divisé par trois en trois ans.
La 3ème édition du PNACC, le plan national d’adaptation au changement climatique, proposé en 2025 par le gouvernement, reste insuffisante en termes d’adaptation du système de soins. Une seule des 52 mesures du plan s’intéresse à la vulnérabilité du système de santé aux chocs climatiques, mais reste très floue quant à des actions concrètes qui pourraient être mises en œuvre pour accélérer l’adaptation.
L’adaptation du système de santé aux chocs climatiques a en effet été pendant des années mise de côté par les ministères concernés, rendant notre système de soins inadapté. Un administrateur de la Société Française de Santé Publique l’exprime ainsi : « Alors que les effets du changement climatique sur la santé sont identifiés par l’OMS depuis 2000, ce n’est qu’en 2025 que le 3e PNACC procède à une saisine du Haut Conseil de Santé Publique pour caractériser et évaluer les impacts sanitaires du changement climatique, et pour identifier les contre-mesures et les besoins financiers ».
En réponse à une situation intenable, le gouvernement a annoncé dédier 600 millions sur dix ans pour l’adaptation des établissements hospitaliers, soit environ 60 millions par an, alors que les besoins sont estimés entre 800 millions et 2,5 milliards d’euros chaque année.

