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L’ODD #3 à l’épreuve du COVID-19

By 6 juillet 2021juillet 9th, 2021No Comments

Alors que le monde était déjà en retard sur ses ambitions concernant les Objectifs de Développement Durable (ODD), la pandémie de la COVID-19, en frappant le monde dans sa globalité, a mis en danger les progrès effectués ces dernières décennies, aggravant ainsi le retard accumulé. Pour rappel, le troisième objectif vise à assurer la santé et le bien-être de tous et toutes, en améliorant la santé proactive, maternelle et infantile et en réduisant les principales maladies transmissibles et non-transmissible, tout en fournissant, entre autres, un accès universel à une couverture médicale et aux services de santé.  

Le recul observé sur l’ODD #3 à un impact négatif sur le bien-être général des populations, car en plus des effets directs du COVID-19 en termes de morbidité et de mortalité, la pandémie a également entraîné indirectement une augmentation des décès et des maladies, notamment des personnes vulnérables. De plus, la crise sanitaire a exacerbé les inégalités systémiques et géographiques d’accès à la santé. 

Ce choc dépasse toutefois le seul secteur de la santé : ses impacts socio-économiques sont déjà considérables puisque entre 119 et 124 millions de personnes supplémentaires ont basculé dans l’extrême pauvreté en 2020, soit la première augmentation de la pauvreté dans le monde depuis 1998. Ce chiffre est catastrophique pour l’atteinte de l’ODD #3, car la pauvreté est une cause majeure de mauvaise santé et un obstacle à l’accès aux soins de santé. D’autant plus qu’au moins la moitié de la population mondiale ne bénéficie toujours pas d’une couverture complète pour avoir accès aux services de santé de base. 

 De nombreux systèmes de santé absorbés par la pandémie 

Les services de santé essentiels et les interventions vitales sont perturbés dans de nombreux pays. Plus d’un an après le début de la pandémie, 90% des pays déclaraient subir une ou plusieurs perturbations dans leurs services de santé. La réaffectation du personnel de santé vers les services liés au COVID-19, l’arrêt ou le ralentissement des chaînes d’approvisionnement, le confinement, les difficultés financières mais aussi la peur et la méfiance ont entraîné une réduction de la fréquentation des établissements de santé pour obtenir des services de base tels que des bilans de santé, des vaccinations de routine et même des soins médicaux d’urgence. 

Une pénurie mondiale de personnel médical plus importante que jamais 

Il existe au niveau mondial une pénurie de personnel de santé : plus de la moitié des besoins actuels en ressources humaines ne sont pas satisfaits, dont près de 90 % se trouvent dans les pays à faibles revenus. Aujourd’hui ce sont près de 900 000  sages-femmes et 6 millions d’infirmiers et infirmières qui manquent pour répondre aux besoins. La pandémie a non seulement mis en évidence la pénurie actuelle de professionnels de santé mais a également entraîné des besoins grandissants. 

Des années de progrès pour la santé infantile menacés

Bien que les taux de mortalité liés directement à la maladie du COVID-19 soient faibles chez les enfants, ces derniers pourraient être touchés de manière disproportionnée par la perturbation des services de santé de routine et l’accès restreint aux services de nutrition essentiels en particulier dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Environ 228 millions de personnes de plus, principalement des enfants, sont exposées à des maladies telles que la rougeole, la fièvre jaune et la poliomyélite à cause de la suspension des campagnes de vaccination de routine. 

L’accès aux droits et santé sexuels et reproductifs compromis 

Plus d’un an après le début de la pandémie, ONU Femmes fait déjà état d’une hausse des taux de mortalité et des morbidité maternelles, des grossesses d’adolescentes ainsi qu’une augmentation des infections par le VIH et autres maladies sexuellement transmissibles. 22 pays d’Afrique ont enregistré une hausse des décès maternels entre février et juillet 2020, en comparaison avec la même période en 2019. La pandémie aurait compromis l’accès aux moyens de contraception pour 12 millions de femmes, avec pour conséquence près de 1,4 million de grossesses non désirées en 2020 dans 115 pays à revenu faible et intermédiaire. À titre d’exemple, le nombre de naissances accompagnées par des sages-femmes qualifiées est passé de 30 826 en avril 2019 à 4 749 en avril 2020 au Burundi. Au Zimbabwe, le nombre de césariennes pratiquées a chuté de 42% entre janvier et avril 2020 par rapport à la même période de l’année précédente tandis que le nombre de femmes prenant des pilules contraceptives pour la première fois a chuté de 90%. 

Perturbation sur les services de santé liés au VIH, à la tuberculose et au paludisme 

Malgré des avancées jusqu’en 2019, les interruptions de service liées au COVID-19 pourraient causer des centaines de milliers de décès supplémentaires dus au sida, au paludisme et à la tuberculose.

Le COVID-19 a provoqué des perturbations considérables dans les services liés au VIH, notamment concernant le dépistage et la prise de traitement. Une chute de 41 % du dépistage du VIH a été observée en Afrique et en Asie, la baisse la plus importante ayant été enregistrée en Afrique subsaharienne, la région comptant le plus grand nombre de personnes vivant avec le VIH. Pourtant, une interruption de la thérapie antirétrovirale de six mois pourrait entraîner plus de 500 000 décès supplémentaires en Afrique subsaharienne. 

En ce qui concerne la tuberculose, 1,4 million de personnes de moins ont reçu les soins nécessaires en 2020 par rapport à 2019 en raison des perturbations dues au COVID-19, soit une réduction du traitement de 21%. L’orientation des cas de tuberculose quant à lui a chuté de 59%. Par ailleurs, on pourrait s’attendre à une augmentation de 13 % des décès dus à la tuberculose, ce qui ramènerait le monde aux niveaux de mortalité par tuberculose d’il y a cinq ans.

Enfin, une chute de 31 % des diagnostics des cas de paludisme a été observée en Asie et en Afrique en 2020 par rapport à l’année précédente. De plus, une baisse de 15 % des services de traitement du paludisme a été observée en Afrique sur la même période.Une perturbation de 10 % du traitement de la malaria causée par la pandémie de coronavirus en Afrique subsaharienne pourrait entraîner 19 000 décès supplémentaires dans la région.   

 

Ainsi, les progrès accomplis dans la réalisation de l‘ODD #3 ont été dangereusement hypothéqués par la pandémie du COVID-19. On constate un manque de préparation et des difficultés structurelles majeures en lien avec trop peu de ressources financières humaines dans la grande majorité des pays. La crise met en lumière de profondes vulnérabilités préexistantes dans les systèmes de santé, tandis que le risque d’un recul de plusieurs décennies dans la lutte contre les inégalités d’accès à la santé est largement avéré. Ce sont les populations les plus vulnérables, marginalisées et discriminées qui étaient déjà confrontées à un accès à la santé limité qui sont les victimes principales de ces perturbations.  

Le Forum politique de haut niveau pour le développement durable 2021 doit être l’occasion pour la communauté internationale de redoubler d’efforts pour atteindre l’ODD #3 notamment dans les pays les moins avancés et ainsi se préparer aux urgences sanitaires, qui seront sans doute de plus en plus nombreuses. Cela car nous le savons bien : si plus de chemin avait été parcouru en faveur de l’ODD #3, voire accompli, la crise sanitaire aurait sans doute pu être mieux appréhendée et le COVID-19 aurait fait moins de victimes directes ou indirectes. Ces décès évitables imposent de tirer les leçons du passé et appellent à  se mobiliser pour renforcer durablement les systèmes de santé et soutenir la mise en place de la couverture santé universelle.