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La voix des expert.e.s : entretien avec Thierry Troussier, Chaire UNESCO, Santé sexuelle et droits humains

EssentiELLES #3 

 

Thierry Troussier est responsable du pôle Santé Sexuelle, Sexologie et Droits humains à l’Université de Paris et responsable Chaire UNESCO Santé sexuelle & Droits humains. Il revient ici sur les enjeux de recrutement, de formation et de sensibilisation des ressources humaines en matière de santé sexuelle et reproductive notamment en Afrique et présente les actions de la Chaire UNESCO sur ce sujet. 

Pouvez-vous vous présenter Com’ Santé Sexuelle / La Chaire Unesco ?

Com’Santé Sexuelle est une association partenariale qui a pour objet la formation continue, l’enseignement, l’information et la documentation dans le but d’améliorer la santé et plus particulièrement la santé sexuelle et reproductive par le bien-être dans le cadre des Objectifs du Développement Durable 2030. Elle développe notamment des actions innovantes dans les domaines de la formation et de la recherche en lien avec la Chaire UNESCO de Santé sexuelle & Droits humains.

 

Quelles sont les différents types de formation que vous proposez pour les infirmier.e.s et sages-femmes ?

Com’Santé sexuelle propose plusieurs types de formation, aussi bien en présentiel qu’à distance, et des formations mixtes qui associent les outils de formation à distance et en présentiel ainsi que des formations sur mesure.

Pour les sages-femmes et les infirmier.e.s, en fonction d’une évaluation des besoins en amont de la formation, nous adaptons les objectifs pédagogiques. Notamment autour des droits en matière de vie affective, relationnelle et sexuelle, des techniques d’éducation qui contribuent au renforcement de l’estime de soi et au respect de l’autre, à la prévention et la prise en charge des grossesses non prévues ou non désirées, aux violences liées au genre et à l’orientation sexuelle et aux questions de santé sexuelle et reproductive des populations les plus exposées.

Nous avons de plus développé en direction des soignant.e.s des séries de conférences, de webinaires et de Cours en Ligne Massif et Gratuit (MOOCs) centrés sur la santé des femmes, trois livres sur les droits à la santé sexuelle et reproductive et des revues trimestrielles sur la sexualité humaine.

 

Dispensez-vous des formations à destination d’infirmier.e.s et de sages-femmes dans les pays d’Afrique ?

Depuis 10 ans, Com’Santé Sexuelle est le partenaire de la Chaire UNESCO pour toutes les formations en santé sexuelle et reproductive, toujours axées sur la promotion et l’application des droits humains, dans les pays d’Afrique et plus particulièrement en direction des soignant.e.s. Nous sommes intervenus en partenariat avec Endagraaf Sahel et avec « Esther France » notamment dans des formations de formateurs pour permettre un transfert Nord-Sud et Sud-Sud sur des approches centrées sur les droits humains, les objectifs du millenium puis les objectifs du développement durable 2030 en lien avec la santé sexuelle et reproductive.

 

Selon vous, quelles sont les principales barrières qui empêchent le recrutement et la formation d’un personnel de santé adapté (en quantité et en qualité) aux besoins dans les pays d’Afrique ?

Il n’y a aucune barrière qui empêche de réaliser des formations adaptées aux besoins régionaux ou sous régionaux, il n’y a que des solutions qui nécessitent des engagements à la fois des opérateurs du Nord et du Sud et une communication empathique réciproque.

Ainsi, les recrutements, l’évaluation des besoins et le suivi post-formation sont réalisés par nos partenaires ou nos relais locaux régionaux.  Toutes nos formations en présentiel ont été coanimées par des professionnel.le.s locaux afin qu’elles soient leaders et référentes sur place.  

Pour les formations à distance, nous adaptons nos outils numériques aux réalités locales, grâce à la participation d’expert.e.s locaux.

Toutefois il persiste deux barrières difficiles à lever : le grand nombre de personnels de santé à former avec des niveaux différents, ainsi que des contraintes professionnelles de temps et géographiques.

 

Pour vous, quelle est la priorité aujourd’hui pour améliorer la disponibilité et les compétences du personnel de santé ?

La priorité aujourd’hui est l’amélioration de la qualité de l’offre en santé sexuelle et reproductive en direction des jeunes femmes et des femmes. Pour cela le personnel de santé doit acquérir les bases de la communication relative à la sexualité (recommandations OMS 2015) : identifier les attentes et besoins du/de la patient.e, élaborer avec le patient.e son objectif et mettre en place les étapes à suivre sous son contrôle. Les outils de communication en entretien bref et de l’entretien motivationnel permettent de développer les compétences psychosociales du.de la patient.e.

 

Les outils numériques / formations en ligne sont-ils pertinents pour pallier ces barrières ?

Oui tout à fait. Dans le domaine du web formation de nombreuses avancées ont lieu actuellement grâce à l’accessibilité de la Wifi pour toutes et tous.

Les outils numériques permettent notamment d’atteindre un grand nombre de personnel de santé et de s’adapter aux contraintes professionnelles et personnelles. Les barrières socio-culturelles peuvent être levées par la participation de relais dans ces modules en ligne et par des animations en classe virtuelle sur l’interculturel.

La Chaire UNESCO, grâce à l’association Com’Santé développe des outils numériques de formation accessibles au plus grand nombre. Ce sont ainsi des dizaines de milliers d’inscrits qui ont pu suivre nos MOOCs depuis 91 pays différents, dont un grand nombre de pays d’Afrique francophone. L’un des objectifs prioritaires du dernier MOOC « Rights, Sex & Education » est de promouvoir, dans le quotidien des soignant.e.s, l’accès aux droits et santé sexuels et reproductifs, une condition indispensable à l’atteinte des objectifs de développement durable 2030.

 

Les formations en DSSR nécessitent-elles des adaptations particulières selon les zones où elles interviennent ? ( zone périphérique, santé communautaire…, adaptation socio-culturelle selon pays destinataire) 

Les formations en droits de la santé sexuelle et reproductive nécessitent des adaptations pour les différentes régions ou sous-régions du monde. Pour exemple le MOOC « Rights, Sex & Education » même s’il a intégré des modules dits « internationaux », nécessite des adaptations socio-culturelles à réaliser avec les professionnel.le.s locaux régionaux. Nos partenariats avec les différents acteurs d’Afrique Francophone s’inscrivent dans cette démarche de santé partagée intersectorielle et co-construite.