Skip to main content

La voix des expert.e.s : entretien avec Marie Ba, Directrice de l’Unité de coordination du Partenariat de Ouagadougou

By 31 mai 2021juin 7th, 2021No Comments

EssentiELLES #4 

 

 

 

 

Marie Ba est directrice de l’Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou. Elle s’occupe de coordonner la collaboration avec les partenaires stratégiques du partenariat et à assurer le bon alignement sur les priorités des pays définies par les ministères de la santé et leur plan d’action budgétisés. Elle revient ici sur les principaux enjeux en matière d’accès à la planification familiale et sur les solutions mises en œuvre par le partenariat pour remédier aux manques d’équipement et de matériel médical des structures sanitaires ainsi qu’en matière de surveillance sanitaire.

Pourriez-vous présenter brièvement le Partenariat de Ouagadougou ainsi que votre rôle en son sein ?  

Le Partenariat de Ouagadougou (PO) a été lancé en 2011, lors de la Conférence sur la Population, le Développement et la Planification Familiale tenue à Ouagadougou, Burkina Faso. Il regroupe les neuf pays francophones de l’Afrique de l’Ouest ainsi que des partenaires techniques et financiers. L’objectif du Partenariat est d’accélérer l’utilisation de la contraception moderne dans les pays membres que sont : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Togo. Au cours de sa phase initiale (Urgence d’agir), il a dépassé son objectif de 1 million d’utilisatrices supplémentaires de contraception moderne entre 2012 et 2015. Dans sa phase d’accélération, les neuf pays francophones d’Afrique de l’Ouest ont également surpassé leur objectif d’ajouter 2,2 millions d’utilisatrices supplémentaires de contraception moderne entre 2016 et 2020. En tout, de 2011 à 2020, le PO a doublé le nombre de femmes utilisatrices de méthodes modernes de contraception dans la sous-région en ajoutant 3,8 millions d’utilisatrices additionnelles. Ceci représente plus que ce qui avait été accompli au cours des 21 années précédentes ! Il faut également noter que nos pays ont eu à doubler leur taux de prévalence contraceptive, et la plupart l’ont fait, afin d’atteindre ces résultats si encourageants. L’Afrique Sub-Saharienne dont fait partie les neuf pays du PO est l’une des régions qui enregistre de fortes croissances du taux de prévalence contraceptive au monde et la contribution des pays du PO a été indéniable. Notre objectif actuel est d’atteindre 13 millions d’utilisatrices de méthodes modernes d’ici 2030, doublant ainsi le nombre actuel qui est de 6,5 millions.

L’Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou (UCPO) basée à Dakar, dont je suis la Directrice depuis avril 2020, a été déterminante dans le succès du PO. Elle renforce la coordination entre les bailleurs afin d’optimiser le soutien aux pays, améliore les échanges entre et au sein des pays membres, collabore avec les partenaires de mise en œuvre et la société civile en vue d’accélérer et d’améliorer la santé reproductive des femmes.

 

Quels sont les enjeux principaux en matière d’accès des femmes et des filles à la planification familiale dans les pays membres du partenariat aujourd’hui ? 

Je pense qu’il est important avant tout de rappeler la vision du PO qui est celle d’une Afrique de l’Ouest francophone où un accès facile à la Planification Familiale (PF) de qualité sauve et améliore la vie des femmes et des jeunes et sert de catalyseur pour un développement durable pour tous. La réalisation de cette vision passe par la satisfaction des besoins en contraception de la plus importante génération de jeunes, l’amélioration de la qualité et de la couverture des services de PF, une meilleure réponse aux crises humanitaires et sanitaires et des politiques et programmes ambitieux pour réaliser le dividende démographique. Les normes sociales pesantes qui perpétuent les inégalités basées sur le genre freinent l’accès à la contraception et restreignent le pouvoir décisionnel des filles et des femmes. Le PO travaille étroitement avec les gouvernements, la société civile, les jeunes et les leaders religieux dans le processus de révision des normes sociales.

 

Quelle est l’action du Partenariat pour remédier aux manques d’équipement et de matériel médical des structures sanitaires des pays membres ?  

Pour ce qui est du matériel médical et des besoins en équipement, un plaidoyer est fait au niveau de nos États et gouvernements afin d’accroître le financement domestique à cet effet. Les partenaires techniques et financiers et les financements externes sont de plus en plus axés sur la recherche, l’assistance technique, les renforcements des chaînes d’approvisionnement et il appartient donc à nos gouvernements de prendre en charge ce volet équipement.

 

Dans quelle mesure le partenariat contribue-t-il à renforcer la capacité des pays partenaires en matière de surveillance sanitaire et de collecte de données ?  

Le Partenariat de Ouagadougou accompagne les pays dans l’élaboration et la mise en œuvre de Plans d’Action Nationaux Budgétisés (PANB) pour la PF avec un accent particulier sur la collecte de données fiables et le suivi et évaluation des stratégies. Nous collaborons également avec l’initiative FP2020, maintenant FP2030, pour le renforcement des capacités des pays dans la collecte et l’utilisation de données sur la planification familiale. Le PO a également mis en place un outil très important de collecte de données, le Performance Monitoring for Action (PMA). 

 

Quel rôle joue le Partenariat pour renforcer l’approvisionnement des services de santé en produits essentiels pour la santé des femmes et des filles, et notamment les produits contraceptifs ? 

Le PO est conscient du fait qu’il n’y a pas de programmes sans produits. Nous accordons donc une attention particulière à la disponibilité des produits et du matériel nécessaires pour la PF jusqu’au dernier kilomètre. De nombreux programmes financés par les gouvernements et les bailleurs de fonds contribuent directement à remédier à ce manque de produits et d’équipements. D’énormes efforts ont été accomplis ces dernières années avec des programmes tels que l’Informed Push Model (Yeksi Naa) au Sénégal. Un fonds incitatif a récemment été mis en place par la Fondation Bill & Melinda Gates au sein des pays du Partenariat de Ouagadougou. Mis en œuvre par l’UNFPA, il a pour but d’inciter les pays du PO à augmenter les ressources domestiques allouées à l’achat de produits contraceptifs. Ce fonds, et un plaidoyer accru au niveau domestique par les parlementaires et la société civile ont permis une augmentation effective et significative du financement sur le budget national dans 6 des 9 pays du Partenariat de Ouagadougou.

   

Le Burkina Faso, membre du Partenariat de Ouagadougou, fait partie des champions de la coalition d’action DSSR, est-ce que des liens ont été tissés entre le Forum et le Partenariat ? 

Le Partenariat de Ouagadougou est bien entendu un fervent supporteur de la cause Égalité Femme-Homme et de ce Forum qui revêt une importance particulière pour notre mouvement étant donné le lien évident entre l’Égalité Femme-Homme et l’amélioration du bien-être et de la santé des femmes. Bien que le Burkina Faso soit le co-lead de cette coalition, et dans l’esprit même du partenariat qui lie nos 9 pays, le ministre de la Santé du Burkina Faso a pris l’initiative et le leadership d’associer ses pairs à cet évènement, pour ainsi porter la voix des 9 pays du PO dans les engagements qui y seront pris. Plusieurs autres pays du PO ont d’ailleurs manifesté leur intérêt à contribuer à l’élaboration des engagements qui y seront pris afin qu’ils reflètent les préoccupations de la sous-région. L’Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou participera au Forum Génération Égalité. Nous avons d’ailleurs participé à un webinaire organisé en prélude à l’évènement par Équilibres & Populations et l’Initiative Pananetugri pour le Bien-être des Femmes (IPBF) avec le ministre de la Santé et la première dame du Burkina Faso que nous savons extrêmement sensible et engagée sur cette thématique. Nous espérons également participer à plusieurs sessions parallèles durant le Forum.

 

Quelles sont les attentes du Partenariat vis-à-vis du Forum Génération Égalité ?

L’objectif du Forum Génération Égalité est d’accélérer les progrès en matière d’égalité entre femmes et hommes d’ici 2030. Ceci cadre très bien avec la nouvelle stratégie du PO et les objectifs que nous nous sommes fixés d’ici 2030. Ces objectifs sont encore plus ambitieux qu’à l’entame de ce Partenariat. Conscients de l’élan pris lors des 10 premières années et des aspirations accrues de nos parties prenantes pour cette nouvelle phase, et bien qu’en restant concentrés sur la planification familiale, nous devions soutenir le droit des femmes à jouer pleinement leur rôle dans nos sociétés. Le PO est donc aligné avec les objectifs du Forum. 

 

 

Pour en savoir plus sur le partenariat de Ouagadougou