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Table ronde 1 an de l’ACT-Accelerator

By 7 avril 2021avril 28th, 2021No Comments

EVENEMENT EN LIGNE

À l’occasion du premier anniversaire du lancement de l’ACT-Accelerator, une initiative unique de collaboration à l’échelle mondiale, un effort sans précédent de coordination qui engage les États, les agences de santé et l’OMS dans la lutte contre le coronavirus, Action Santé Mondiale a organisé le jeudi 15 avril 2021 un événement consacré à la réponse sanitaire internationale à la pandémie de COVID-19 et à l’engagement français en la matière. 

Le compte-rendu de l’événement se trouve ci-dessous: 

L’ACT-Accelerator est une initiative unique de collaboration à l’échelle mondiale, un effort sans précédent de coordination qui engage les États, les agences de santé et l’OMS dans la lutte contre le coronavirus.

Pour ouvrir cet évènement, le Dr Joseph Caboré, Directeur de la gestion des programmes au Bureau Régional de l’OMS pour l’Afrique est revenu sur la création de l’ACT-A, il y a tout juste un an, sous impulsion française et main dans la main avec l’OMS, dans le but de faire face collectivement, à l’échelle de la planète, à cette crise sans précédent. Face au constat d’une crise qui se prolonge et qui affecte particulièrement les pays pauvres, notamment africains, dont 82% de la population n’a pas de protection sociale, le Dr Caboré a rappelé que la communauté internationale devait faire un choix entre « investir pour sauver des vies en traitant la cause de la pandémie ou continuer à dépenser des milliards pour atténuer les conséquences de cette dernière ». Puisque seule une réponse globale forte permettra de vaincre le virus, il a appelé à agir pour plus de solidarité et d’équité, à l’heure où « l’Afrique a administré un peu moins de 2 % des vaccins contre la COVID19 dans le monde ».

« ACT-A, un an après : quel bilan, quels besoins ? »

Durant une première table ronde, les acteur.rice.s impliqué.e.s dans la mise en œuvre de la réponse sanitaire internationale à la pandémie ont pu dresser un premier bilan des accomplissements de l’ACT-A et des défis persistants afin de tirer des enseignements pour adapter et renforcer la réponse à la crise.

Face aux pertes de vies humaines liées à la pandémie et aux inégalités d’accès aux vaccins qui s’observent entre pays riches et pays pauvres, mais également aux conséquences économiques mondiales d’une crise qui s’inscrit dans la durée, le Dr Paul Kristiansen, Responsable de la R&D des standards, des tests biologiques et du développement précliniques au CEPI a notamment souligné le besoin de poursuivre et d’intensifier l’investissement dans l’ACT-A afin d’augmenter la production de vaccins et d’en développer de nouveaux protégeant contre les variants du virus, et ainsi assurer une réponse globale, efficace et équitable.

Cette réponse doit bien évidemment associer l’ensemble des pays, comme l’a souligné le Dr Moumouni KINDA, Directeur exécutif de l’ONG ALIMA, mais également être adaptée aux besoins de chacun. Parmi les pays africains, la priorité doit selon lui être donnée à une meilleure préparation aux flambées épidémiques, ce qui suppose, pour lutter spécifiquement contre le Sars-CoV-2, de sensibiliser davantage la population africaine au besoin de se protéger face au virus, mais également de simplifier le diagnostic et d’améliorer l’accès à l’oxygène, limité notamment par des obstacles logistiques.

Par ailleurs, des mesures doivent impérativement être prises pour renforcer les systèmes de santé (formation du personnel, soutien en faveur de la chaine du froid et d’approvisionnement, développement de la R&D et des capacités de production, maintien les autres services de santé essentiels), afin de mieux parer à l’urgence, mais aussi, continuer et renforcer la « prise en charge de toutes les autres maladies qui minent encore l’Afrique ».

Un constat partagé par Mme Françoise Vanni, Directrice des relations extérieures et de la communication au Fonds mondial, qui alerte sur les dommages collatéraux importants générés par la crise et la perturbation des systèmes de santé, avec une chute tangible du dépistage et de la prise en charge de pathologies comme le VIH ou la tuberculose. Le soutien renforcé aux systèmes de santé est donc non seulement nécessaire pour maintenir les soins usuels mais aussi pour répondre spécifiquement au COVID, puisqu’aucune campagne de vaccination ne sera efficace si l’on n’est pas capable de dépister les cas, et donc de rendre les test diagnostics accessibles aux pays : « Si nous n’avons pas de diagnostics, c’est comme-ci nous répondions au Covid avec un bandeau sur les yeux ».

Ce besoin de renforcer l’accès à tous les outils nécessaires pour lutter contre le virus a également été souligné par le Dr Duneton, Directeur exécutif d’Unitaid, déplorant le fait qu’ « il n’existe pas de plan d’accès aux traitements anti-Covid dans la plupart des pays, par exemple sur l’utilisation des anticoagulants  et de l’oxygénothérapie », alors qu’il s’agit du paquet clinique de base qui permet de sauver environ 50% des patients. Les besoins sont aujourd’hui de plusieurs ordres : répondre aux pénuries, notamment d’oxygène, qui frappent les pays, poursuivre la R&D sur de nouveaux traitement avec une vision de long terme, notamment pour faire face aux variants, penser des modes d’administration adaptés aux contextes des pays, et organiser la production de génériques notamment pour les nouveaux antiviraux prometteurs et en cours d’étude. Une invitation à « se projeter dans le long terme car la crise va s’inscrire dans la durée ».

Les premiers succès d’ACT-A

  • Achat de 500 millions d’équipements de protection individuels ;
  • Formation de 23 000 agents de santé dans presque 200 pays ;
  • Mise à disposition de 120 millions de tests ;
  • Distribution, grâce au mécanisme COVAX, de 38,5 millions de doses de vaccins dans 105 pays à revenus faibles et intermédiaires, soit 16 millions de doses en Afrique.
Rôle et opportunités pour la France dans la réponse globale

Lors de la deuxième table ronde, la réflexion s’est portée sur la responsabilité particulière de la France au sein de cette crise et les possibilités qui s’offrent à elle pour renforcer le dispositif ACT-A.

Le Ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a ainsi rappelé que « la condition sine qua non pour venir à bout de cette menace globale, c’est une solidarité globale » et le besoin de se mobiliser davantage. M. Le Drian a donc appelé à aller plus loin, notamment sur la Charte en matière d’accès aux outils contre le Covid adoptée à l’initiative de la France, qui promeut des principes clés : partage des savoirs, transfert des technologies et transparence des prix notamment. Il a également présenté le rôle moteur que joue la France dans la création d’un 5èmepilier au sein de l’initiative ACT-A pour renforcer les capacités de production. Enfin, il a insisté sur le fait que « les pays qui le peuvent doivent partager dès maintenant une partie de leurs doses avec les pays les plus vulnérables sous la forme d’une contribution en nature à COVAX ». En définitive, « L’immunité sera globale ou ne sera pas et la France a pleinement conscience de cette nécessité et en tirera toutes les conséquences. »

Le Professeur Kazatchkine, Membre de l’Independent Panel for Pandemic Preparedness and Response s’est ensuite exprimé en faveur de l’élaboration d’une véritable stratégie mondiale de lutte contre les pandémies afin de mieux s’y préparer et donc de mieux y répondre. Parmi les grands défis auxquels nous devons faire face figurent :  plus d’inclusivité dans la gouvernance, pour impliquer l’ensemble des pays quand, aujourd’hui, « nous restons dans un mécanisme qui est largement perçu comme occidental », davantage de redevabilité, un renforcement du rôle de l’OMS, et repenser une philosophie Nord-Sud dépassée : «nous avons changé d’époque, la santé est un bien public mondial », « nous avons besoin d’un reset du système multilatéral »

Enfin le député français Jean-François Mbaye a présenté le travail des parlementaires pour « que la France place la santé au premier plan de ses priorités en matière d’aide publique au développement » dans le cadre du projet de loi sur le développement solidaire et la lutte contre les inégalités mondiales. Ce texte, qui acte une trajectoire budgétaire en hausse pour l’aide au développement et entérine l’engagement de la France d’allouer 0,1% du de notre richesse nationale en santé comme recommandé par l’OMS (contre à peine la moitié aujourd’hui), offre en effet d’importantes marges de manœuvres en ce sens. Il a également souligné les potentialités que représenterait une mobilisation plus importante des financements innovants pour répondre aux défis posés par la pandémie de COVID19. Enfin, il s’est exprimé en faveur de la levée des brevets industriels, dont l’effet bénéfique sur les transferts de technologies n’est plus à prouver.

Le replay de l’évènement est accessible ci-dessous