Notre système de santé à l’épreuve du changement climatique
Analyse #3 - Dengue, chikungunya, maladie de Lyme, etc. : les maladies du climat qui nous menacent
La hausse des températures induite par le changement climatique a des impacts sur la prévalence de maladies dites vectorielles, c’est-à-dire transmises par des vecteurs. Moustiques, tiques et autres insectes sont responsables de plus en plus de cas de maladies infectieuses en France métropolitaine, autrefois associées à des territoires au climat plus tropical.
Parmi ces maladies, on retrouve la dengue, le chikungunya, le virus du Nil occidental ou encore la maladie de Lyme, dont les cas autochtones (c’est-à-dire les cas de personnes infectées sur le territoire) sont en augmentation. Elles ont un impact majeur sur la santé des populations dans le monde et peuvent causer des complications telles que des fièvres hémorragiques, des troubles neurologiques ou encore articulaires à long terme. Malgré les efforts réalisés dans la prévention et le traitement de ces maladies au fil des années, elles sont toujours responsables de plus de 700 000 décès par an dans le monde selon l’Organisation mondiale de la Santé. En Europe, la majorité des décès causés par des moustiques est due au virus du Nil occidental.
Avec le changement climatique et la destruction de la biodiversité, la présence de vecteurs s’étend progressivement au territoire français. Aujourd’hui, le moustique tigre est implanté dans 81 des 96 départements de France métropolitaine, contre un seul département en 2004. Cette implantation du moustique tigre et d’autres vecteurs favorise la transmission de ces maladies sur un territoire qui n’était jusque-là que rarement confronté à celles-ci. En 2025, un nombre record de cas de chikungunya et de dengue a été recensé sur le territoire, avec plus de 800 cas autochtones déclarés. Cette année, c’est le nombre de cas du virus du Nil occidental qui a explosé, avec plus de 200 cas comptabilisés, causant la mort de 6 personnes.
Cette croissance des maladies vectorielles interroge : sommes-nous suffisamment préparés pour faire face à ces nouvelles menaces sanitaires, favorisées par le changement climatique et la destruction de la biodiversité ?
Le climat comme accélérateur de progression des vecteurs
Les maladies vectorielles ne sont pas une nouveauté pour tous les Français. Ces maladies sont présentes depuis longtemps dans des territoires où le climat est propice, comme l’île de La Réunion, qui a connu une épidémie de chikungunya d’une ampleur exceptionnelle en 2025.
La transmission à l’échelle globale de ces maladies via des vecteurs comme le moustique ou la tique est causée par plusieurs facteurs. Les échanges commerciaux et les mouvements de personnes ont largement contribué à introduire les vecteurs de la dengue et du chikungunya en Europe. Les voyages facilitent l’importation des maladies sur un territoire, qui sont ensuite propagées à des personnes saines par d’autres moustiques.
Le changement climatique et la hausse des températures jouent un rôle dans l’augmentation de ces cas de maladies en France métropolitaine. L’élévation des températures, et notamment l’adoucissement des hivers, facilite l’implantation et la multiplication des vecteurs sur l’ensemble du territoire. On remarque, par exemple, que la colonisation du moustique tigre en France s’étend progressivement depuis le pourtour de la Méditerranée vers les départements plus au nord. Le climat plus doux prolonge également la période d’activité des moustiques, qui ne sont plus seulement actifs quelques semaines en été mais bien pendant plusieurs mois du printemps à l’automne. L’extension à la fois de la zone et de la durée de transmission augmente les chances de la population de contracter ces maladies.
Au-delà de la température, le changement climatique multiplie la survenue d’événements extrêmes comme des inondations et des cyclones, qui, associés ensuite à des températures clémentes, créent les conditions idéales à la reproduction des moustiques.
D’autres vecteurs que le moustique, tels que la tique, bénéficient aussi du réchauffement climatique. Les hivers plus doux et les printemps précoces sont par exemple cités comme des facteurs favorisant le développement des tiques et leur survie. Ces tiques sont notamment responsables de la transmission de la maladie de Lyme en France. Dans son 6e rapport d’évaluation, le GIEC mentionne la progression de la maladie de Lyme comme un risque hautement probable lié au changement climatique dans les pays de l’hémisphère nord.
Que risquent les Français·es ?
Les maladies transmises par les vecteurs tels que les tiques et les moustiques ne sont pas anodines. Certaines de ces maladies sont responsables de complications graves et à long terme pour la santé des populations : fièvres, hémorragiques, séquelles sur le système nerveux ou sur les articulations. Les départements et régions d’outre-mer français sont particulièrement impactés par ces maladies. En 2024-2025, l’île de La Réunion a été confrontée à une épidémie de chikungunya qui a affecté plus de 54 000 personnes.
Dans de telles situations, la pression exercée sur les services de soins est importante. Pendant cette épidémie, l’agence régionale de santé de La Réunion a enregistré plus de 170 000 consultations de santé pour suspicion de cas de chikungunya.
Bien que la métropole n’ait pas été touchée par une épidémie d’une telle ampleur, la hausse des cas autochtones au fil des années ajoute une pression supplémentaire sur les services de soins. Le fait que la saison de transmission de ces maladies coïncide avec une réduction des effectifs dans les structures de santé due aux congés d’été, pourrait mener à des effets dévastateurs en cas d’épidémie dans l’hexagone, d’autant plus que le niveau d’immunisation des populations est moindre que pour les zones plus touchées.
Se donner les moyens de lutter contre les maladies favorisées par le climat
Pour mieux faire face à l’augmentation de ces maladies sur le territoire, plusieurs mesures doivent être envisagées, ainsi que recommandées par les experts du GIEC :
- Le renforcement de la surveillance épidémiologique et la mise en place de système d’alerte précoce
- Un meilleur contrôle des vecteurs
- Le développement de vaccins et de traitements
- Renforcer le système de santé pour assurer à tous un accès équitable à des soins de qualité.
La lutte antivectorielle démontre l’importance des données pour suivre la progression des vecteurs et surveiller l’apparition de cas. Elle s’appuie sur la compétence d’acteurs de la recherche, tels que Santé Publique France, l’ANSES, les Agences régionales de santé et les instituts de recherche. Elle nécessite également des moyens pour accompagner les soignants dans la détection et la prise en charge des cas, qui sont en augmentation à certaines périodes de l’année.
L’exemple des maladies vectorielles questionne le degré de préparation du système de santé à faire face à des pics de cas, qui risquent d’être de plus en plus intenses avec le changement climatique.
Plusieurs politiques nationales mentionnent la surveillance des vecteurs et la lutte contre les maladies vectorielles, telles que le Plan National de Santé Environnement 4 ou encore le Plan National d’Adaptation au Changement Climatique 3. Elles soulignent l’importance de ce risque dans la mesure des impacts du changement climatique sur la santé et prévoient de renforcer la formation des personnels de santé et des collectivités à cette question.
Si la prise en compte de ces questions progresse en France, ces politiques de lutte doivent s’accompagner de moyens, humains et financiers. Or, les attaques récentes contre les moyens et l’indépendance des agences sanitaires et environnementales publiques, ainsi que les coupes répétées dans les budgets dédiés à la santé, sont des signaux négatifs qui indiquent que la France n’est pas prête à faire face à ce défi.

