Notre système de santé à l’épreuve du changement climatique
Analyse #2 - Derrière la destruction des forêts, l'enjeu sanitaire des incendies
Alors que plusieurs incendies d’une ampleur exceptionnelle ravagent des espaces forestiers depuis le début du mois de juillet, les conséquences du changement climatique se rappellent une nouvelle fois à nous. Les feux de forêt sont désormais l’une des manifestations les plus visibles de ses effets. En 2025, année particulièrement marquée par les incendies, près de 30 500 hectares de forêt sont partis en fumée. Aujourd’hui, le bilan provisoire est de près de 40 000 hectares de forêts brûlées, alors que la période estivale est encore loin d’être terminée.
Ces feux sont favorisés par la combinaison de sécheresses prolongées, de températures élevées, de vents forts et d’un déficit de précipitations, qui assèchent les sols et fragilisent la végétation. Selon l’Organisation météorologique mondiale, le changement climatique accroît déjà la fréquence, l’intensité et la durée des épisodes de feux de forêt. L’organisation estime que le nombre d’incendies d’intensité extrême pourrait augmenter de près de 50 % d’ici la fin du siècle si le réchauffement climatique se poursuit.
Au-delà des dégâts immédiats, les incendies constituent une menace majeure pour la biodiversité et les écosystèmes forestiers. Ils détruisent également l’un de nos principaux alliés dans la lutte contre le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité : les forêts. Véritables puits de carbone, elles captent une partie du dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère et contribuent ainsi à limiter le réchauffement de la planète. En France, elles compensent aujourd’hui près de 9 % des émissions nationales de gaz à effet de serre.
Mais au-delà de leur impact sur les écosystèmes, les feux de forêt ont bel et bien des conséquences sanitaires importantes, qui appellent à accélérer notre adaptation.
Des incendies qui nuisent à notre santé
Selon l’Agence européenne de l’environnement, les risques sanitaires liés aux feux de forêt sont aujourd’hui parmi les plus préoccupants, notamment dans le sud de l’Europe particulièrement touchée par des incendies plus fréquents et dévastateurs.
Ces feux impactent directement la santé des populations. En plus des traumatismes et des brûlures, le risque sanitaire le plus important réside dans les émissions de fumées particulièrement nocives pour la santé. Elles peuvent causer des maladies respiratoires ou aggraver des pathologies préexistantes. Les feux de forêt émettent des quantités importantes de gaz irritants et de particules fines dans l’atmosphère, qui sont 10 fois plus toxiques que les particules fines émises par d’autres sources. De plus, les effets sanitaires liés aux fumées peuvent s’observer dans des zones bien plus étendues que celles des incendies puisque les fumées peuvent voyager à plusieurs milliers de kilomètres.
Sans action climatique ambitieuse visant à lutter contre le réchauffement planétaire, on estime à plus de 1,4 million le nombre de décès annuels dus à la fumée des feux de forêt dans le monde d’ici à 2100, soit 6 fois plus qu’aujourd’hui.
Les incendies ont un impact plus large sur la santé des populations et notamment sur leur santé mentale en cas de pertes matérielles. Ils impactent aussi les déterminants environnementaux de leur santé, tels que l’eau, que les incendies contribuent à polluer.
Au-delà de leurs effets directs sur la santé, les feux de forêt peuvent contribuer à fragiliser le système de santé voire même faire obstacle à l’accès aux soins. Comme tout événement climatique soudain, les feux de forêt peuvent ajouter une pression supplémentaire sur le système de soins via l’augmentation de l’affluence de patients dans les centres de santé. Les services d’urgence sont en effet en première ligne pour accueillir les personnes brûlées ou ayant inhalé de la fumée. De plus, les feux peuvent endommager les infrastructures de soins si elles sont situées près d’une zone d’incendie, mais affectent surtout la qualité de l’air intérieur qui impacte autant les patients que les soignants. Enfin, les dommages causés aux infrastructures routières peuvent aussi impacter les chaînes d’approvisionnement ou l’accessibilité aux soins pour les patients.
Un risque croissant qui nécessite d’engager l’adaptation
Ces effets sanitaires nécessitent de mieux nous préparer à faire face à ce type d’événement climatique extrême. Cela passe en premier lieu par une meilleure coordination entre le secteur de la santé, les acteurs de l’environnement, la sécurité civile et les pouvoirs publics pour prévenir les dommages et informer la population.
Les récentes canicules ont déjà mis en évidence la vulnérabilité des hôpitaux et des personnels médicaux ainsi que le manque d’adaptation de nos établissements de santé. La construction d’une stratégie globale d’adaptation du système de santé aux chocs climatiques doit donc devenir une priorité.
Pour mieux se préparer et limiter l’impact des feux de forêt sur les systèmes de santé, des cadres et des préconisations existent déjà. Celles du Lancet Planetary Health recommandent par exemple une préparation en amont avec la mise à jour des plans d’évacuation des bâtiments, la formation du personnel médical ou encore l’adaptation des bâtiments pour assurer leur résistance à la fumée. Elles encouragent également à adapter la réponse pendant les incendies en mettant en place des systèmes de surveillance des niveaux de fumée et de particules fines, en protégeant des professionnels de santé et en assurant la communication entre les opérations de gestion de crise et les services hospitaliers. Enfin, elles appellent à anticiper l’après en dédiant des financements au maintien des services de santé et en assurant un suivi en santé mentale pour les professionnels de santé et les populations affectées.
Une urgence climatique qui peine à infuser les choix politiques
Pourtant, malgré le constat de l’impact nocif des feux de forêt sur la santé et sur l’environnement, l’action publique reste insuffisante, voire parfois à rebours des besoins.
Sur le plan sanitaire, l’adaptation des établissements de santé et des soins est aujourd’hui insuffisante. La France n’a en effet à ce jour pas de plan national dédié à l’adaptation du système de santé aux effets du changement climatique. Or, un tel plan est nécessaire pour mobiliser et orienter les financements à l’adaptation et à la préparation aux chocs climatiques, tels que les vagues de chaleur et les feux de forêt.
En parallèle, plusieurs organismes publics essentiels à la prévention des feux de forêt sont aujourd’hui fragilisés, parfois par des décisions gouvernementales. C’est notamment le cas de l’Office national des forêts (ONF), dont les effectifs sont passés de 12 800 agents en 2000 à environ 8 000 aujourd’hui. L’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) est également concerné, avec l’annonce de la suppression de près de 30 % de ses effectifs en 2025. Pourtant, ces établissements jouent un rôle central dans la prévention des incendies, notamment dans les forêts publiques, et dans la production de données indispensables à l’action publique. Leur affaiblissement envoie un signal préoccupant alors même que la France doit renforcer sa préparation face aux impacts les plus extrêmes du changement climatique.

